Tous les écrivains ne peuvent pas être plongeurs dans les restaurants chinois pour gagner leur vie.
Tous ne sont pas professeurs, passionnés ou désabusés. J'en ai connu un rare, chauffeur de maître,
un autre ivrogne professionnel, un PD-G dans l'import-export... Plus banalement, parce que nous sommes
nombreux dans ce cas, je fais dans l'action culturelle. A la Société des Gens de Lettres j'ai essayé de
défendre les écrivains qui sont si mal traités. A San Francisco, j'ai dirigé l'Alliance française pendant
quatre ans. J'ai gardé un très bon souvenir des soirées avec Higelin et avec la troupe de la Pie Rouge.
Au Caire, où j'étais Attaché Culturel, il m'a fallu trois ans pour faire la fête de la musique au bord du Nil,
mais quel bonheur de voir la foule et les gendarmes se presser sur la rambarde du pont des amoureux pour écouter
Java et Hossam Shaker...
Au Centre Régional des Lettres du Languedoc-Roussillon, au château de Castries, je suis fugitivement devenu
le gardien des poètes, mais j’ai fait très vite l’expérience de la plus arbitraire brutalité,
celle de Georges Frêche qui, à peine élu Président de la Région m’a sévèrement licencié.
Et me voici à Londres, directeur du bureau du livre à l’Ambassade de France, en train d’essayer de faire
traduire les auteurs français, dans un contexte d’indifférence british et de « réorganisation » à la française.